Covid-19 : quelle issue pour le marché du travail ?

Jun 20, 2020
Femme portant un masque chirurgical et regardant par la fenêtre

Pour l’Organisation internationale du travail pas de doute : la crise du covid-19 est la plus grave depuis la deuxième guerre mondiale. Il reste difficile d’en prévoir toutes les conséquences.

Alors que la crise du covid-19 est loin d’être terminée, les économistes travaillent d’arrache-pied pour tenter d’anticiper l’ampleur de la récession économique attendue. Le Fonds monétaire international (FMI) vient de faire connaître ses perspectives pour l’année 2020. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont loin d’être réjouissantes. L’organisme prévoit une baisse de 3 % de la croissance planétaire en 2020, en partant de l’hypothèse d’un repli de la pandémie de covid-19 au second semestre de cette année. En clair, 2021 pourrait s’avérer « pire » si la pandémie perdurait. Dans le détail, les pays les plus touchés seront ceux de la zone euro, avec une contraction de l’activité de 7,5 % (7,2 % pour la France), suivis du Royaume-Uni et des Etats-Unis (respectivement - 6,5 % et - 5,9 %). Seuls les pays émergents d’Asie enregistreront une croissance positive, à 1 %, dont la Chine, qui peut espérer une hausse de 1,2 % de son produit intérieur brut (PIB), très en deçà toutefois des performances enregistrées en 2019 (+ 6,1 %). Ces chiffres sont une mauvaise nouvelle pour l’emploi déjà très durement impacté par la crise.

Covid-19, pire crise depuis la deuxième guerre mondiale

Dans sa seconde étude « Covid-19 et le monde du travail » parue le 7 avril, l’Organisation internationale du travail (OIT-voir encadré) se montre particulièrement alarmiste et note que « des mesures de confinement totales ou partielles touchent à présent près de 2,7 milliards de travailleurs, représentant environ 81 % de la main-d’œuvre mondiale. » Avec pour conséquence, « une réduction importante du nombre d’emplois, souvent sans précédent. En l’absence d’autres données, les changements qui interviennent au niveau des heures de travail, reflétant à la fois les licenciements et les autres réductions temporaires du temps de travail, permettent d’avoir une meilleure idée de la réalité extrêmement grave de la situation qui prévaut actuellement sur le marché du travail. En utilisant cette méthode, la nouvelle estimation du BIT (Bureau international du travail - secrétariat permanent de l’OIT) au niveau mondial fait état d’une réduction des heures de travail de 6,7 % au deuxième trimestre 2020, ce qui équivaut à 195 millions de personnes qui travaillent à plein temps. » Pour l’OIT, pas de doute, « Il s’agit de la crise mondiale la plus grave depuis la deuxième guerre mondiale ». Une situation d’urgence dont les perspectives restent très incertaines.  « Ces événements si rapides et d’une telle envergure nous amènent en terrain inconnu aussi bien pour évaluer les conséquences si nombreuses sur l’économie et sur le marché du travail que pour prévoir la durée et la gravité du choc, poursuit l’OIT. Les perspectives actuelles se caractérisent par une très grande incertitude à la fois sur l’ampleur de la secousse que l’on enregistre actuellement dans le domaine économique, sur la durée de ce choc ainsi que sur les conséquences à long terme sur les entreprises et sur les prévisions en matière d’emploi. C’est la raison pour laquelle il est indispensable pour les gouvernements d’observer la situation en temps réel en adaptant leur réponse. »

Quel modèle pour demain

Il est indéniable que la crise réclame une réaction forte de la part des Etats. Mais pour bâtir quelle société ? Pour Rémy Oudghiri, sociologue et directeur général de Sociovision (groupe Ifop), la cause est entendue. Dans une tribune parue sur le site du Huffington Post, ce dernier prédit, entre autres, que le rapport au travail va changer. « Pas seulement sur le plan pratique, car –c’est une affaire entendue– le télétravail va connaître un essor sensible au cours des prochaines semaines et s’imposer comme une façon normale de travailler au XXIe siècle. Cela n’était pas encore gagné dans les esprits de certains managers. Aujourd’hui, un salarié sur deux juge souhaitable qu’à l’avenir, on travaille le plus souvent en dehors des locaux de son entreprise, dans des espaces dédiés ou non au travail ou chez soi. Ce chiffre a toutes les chances de grimper après l’épisode du coronavirus qui suit la longue séquence des grèves (en France NDLR) contre le projet de réforme des retraites. Mais c’est dans la façon d’envisager son travail que les choses sont susceptibles de changer en profondeur. Les Français, au cours de la décennie précédente, ont réalisé l’importance de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Les générations précédentes avaient négligé cet équilibre. Cet axe sortira vraisemblablement renforcé de cette crise sanitaire. Les Français vont très certainement ressentir le rôle fondamental du travail dans la construction de leur identité, mais ils vont aussi comprendre que, dans la période incertaine dans laquelle nous sommes entrés, rien ne vaut une vie pleinement épanouie. »

Tous Millenials

Cette aspiration à l’épanouissement personnel rentre bien en phase avec les désirs maintes fois exprimés par la génération des 25-40 ans pour qui l’équilibre entre travail et vie privée et la recherche de sens restent des facteurs déterminants dans leur choix de carrière. La crise du covid-19 pourrait voir ces valeurs se diffuser à l’ensemble des salariés. A l’issue de la pandémie, serons-nous tous devenus des Millenials ?

Pleins feux sur l’OIT

Unique agence tripartite de l'Onu, l'OIT (Organisation internationale du travail dont le BIT est le secrétariat permanent) réunit représentants des gouvernements, employeurs et travailleurs de 187 Etats membres pour établir des normes internationales, élaborer des politiques et concevoir des programmes. L'organisme a pour principaux objectifs de promouvoir les droits au travail, de développer la protection sociale et de renforcer le dialogue social dans le domaine du travail.

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