David Graeber est mort mais les bullshit jobs sont toujours là

Sep 9, 2020
David Graeber assis sur une chaise présentant la première de couverture du livre 'Bullshit Jobs'

Le théoricien des « bullshit jobs » n’est plus. David Graeber a quitté ce monde le 2 septembre dernier. Universitaire, anthropologue, acteur engagé auprès du mouvement Occupy Wall  Street, il était devenu une figure mondialement connue des spécialistes de l’emploi.

C’est en 2013 qu’il prend la plume dans le magazine « Strike ! » pour dénoncer les effets néfastes des « jobs à la con », ces emplois qui ne sont d’aucune utilité et entretiennent l’insatisfaction au  travail. Un fléau qui concerne aujourd’hui 85 % des salariés dans le monde.

Il faudra toutefois attendre 2018 et la publication de son livre « Bullshit Jobs » pour le voir affiner sa réflexion et égrener sur le papier une typologie de ces fameux « jobs à la con » qu’il divise en cinq grandes catégories.

1. Les larbins

Pour David Graeber, ces salariés sont des domestiques modernes. Ils sont là pour « permettre à quelqu’un d’autre de paraître ou de se sentir important ».

2.Les porte-flingue

Ces employés exercent un métier qui « paraît dépourvu de toute valeur sociale positive » et que ces derniers « considèrent comme intrinsèquement manipulateur et agressif ».

3.Les rafistoleurs

Ces salariés passent leur temps à régler des problèmes qui ne devraient pas exister. Ils rattrapent les bourdes de leur supérieur, comblent un manque d’organisation, ou exercent des tâches qui pourraient être automatisées.

4.Les cocheurs de case

Selon David Graeber, ces salariés permettent à une organisation de « prétendre faire quelque chose qu’en réalité elle ne fait pas », comme pondre des enquêtes d’amélioration mais n’en matérialiser aucune des conclusions.

5.Les petits chefs

David Graeber distingue deux sous-catégories. La première, c’est celle des petits chefs qui « assignent des tâches à d’autres », et dont le boulot peut s’avérer inutile si ses subalternes travaillent en autonomie. La seconde sous-catégorie est celle des petits chefs qui « créent des tâches à la con pour les autres ».

Des bullshit jobs de plus en plus nombreux

Dans une interview accordée au quotidien français « Le Monde »1, David Graeber rappelait que « [les bullshit jobs] se sont multipliés de façon exponentielle ces dernières décennies. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les salariés conscients de la faible utilité de leurs emplois (…) : le consultant, dont les rapports ne sont lus par personne, l’assistant brassant de l’air car son chef a besoin de justifier sa position hiérarchique, l’avocat d’affaires gagnant de l’argent uniquement grâce aux erreurs du système… Des millions de personnes souffrent aujourd’hui d’un terrible manque de sens, couplé à un sentiment d’inutilité sociale. Ce qui peut sembler paradoxal: en théorie, l’économie de marché, censée maximiser les profits et l’efficacité par le jeu de la concurrence, ne devrait pas permettre à ces jobs peu utiles d’exister. ».

Pour l’anthropologue, le problème réside au cœur du système qui repose sur « une forme de féodalité managériale. Depuis les Trente Glorieuses, les salaires ont décroché par rapport aux profits. Ces derniers sont captés par le secteur financier, qui les redistribue à un petit nombre de personnes, comme au Moyen Age, par le biais d’un jeu de strates et de hiérarchies complexe. » Résultat, l’insatisfaction au travail est plus répandue que jamais car « les hommes tirent leur bonheur du sentiment d’avoir prise sur le monde. De contribuer à sa bonne marche, d’une façon ou d’une autre. La violence spirituelle qu’engendre l’absence de sens des bullshit jobs, tout comme le sentiment d’inutilité et d’imposture, est destructrice, moralement et physiquement. »

On l’aura compris. Si vous êtes piégés dans un tel job, il ne faut pas hésiter à le fuir pour un emploi qui a du sens et correspond à vos véritables aspirations. « S’il vous faut plus de 10 secondes pour décrire votre activité professionnelle, il y a de grandes chances que vous soyez concernés », avait l’habitude d’affirmer, David Graeber. Alors faites le test et, surtout, agissez.

1 « Le Monde », 12 septembre 2018

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